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Quand Paris copie Londres à contre-temps

  • Luc Delmont
  • il y a 15 minutes
  • 4 min de lecture


Londres ou le récit officiel de la "diversité libérale heureuse"


Pendant des décennies, Londres s’est présentée comme la capitale mondiale de la « diversité ». La ville en a fait un récit officiel, une marque, presque une identité de substitution : celle d’un patchwork de plus de 250 langues et cultures, se définissant comme une global city "vibrante".


Le multiculturalisme y était revendiqué comme un progrès moral : coexistence des communautés, célébration des différences, refus assumé de l’assimilation. Restaurants indiens, pakistanais ou caribéens, cultures dites « fusion », quartiers communautaires mis en vitrine : Londres donnait à voir une société bigarrée, fluide, post-nationale.



Le non-dit du modèle londonien : la perte du commun anglais


Mais cette diversité exhibée reposait sur un non-dit : l’effacement progressif de la culture anglaise historique comme culture de référence pour l’ensemble de la population, quelle que soit son origine. La gastronomie britannique, longtemps tournée en dérision, n’a jamais été réellement réhabilitée. La mode, l’esthétique, le rapport au goût se sont dissous dans un mondialisme anglo-saxon où tout devient interchangeable.


L’anglicité s’est réduite à un socle minimal : la langue anglaise, une tolérance abstraite, des règles procédurales, l’économie et quelques symboles. Une culture sans ambition assimilatrice, sans récit commun, sans prétention à former.



Paris, longtemps contre-modèle civilisationnel


Face à ce modèle ultra-libéral, Paris incarnait longtemps l’exact contre-projet. Elle se pensait comme la porte-parole de « l’exception culturelle française », alors largement portée par la gauche. Ville-Lumière, forgée par une approche collective héritée à la fois du catholicisme et de la Révolution, capitale de la francophonie, Paris défendait un autre universalisme que celui du monde anglo-saxon : un universalisme de la langue, de la culture, de l’école, du bon goût, du commun, de l’art de vivre et de l’assimilation.


Paris ne se contentait pas d’accueillir : elle transformait. On y devenait français, quel que soit l'endroit d'où l'on venait. La gastronomie y était à la fois culture populaire et art élitiste. La mode parisienne restait prescriptive du bon goût à l’échelle mondiale. La langue française était pensée comme un vecteur d’émancipation universelle, non comme une identité parmi d’autres.



Un universalisme exigeant, ni communautariste ni relativiste


Cette singularité faisait de Paris le phare d’un modèle civilisationnel alternatif au mondialisme anglo-saxon : ni communautariste, ni relativiste, mais fondé sur l’idée qu’il existe une culture commune capable d’intégrer les différences sans se dissoudre en elles.

Or, ce modèle s’est profondément affaibli depuis une vingtaine d’années. Le discours dominant l’a progressivement assimilé à une posture rétrograde, passéiste, voire fascisante. Pour être « moderne », il fallait désormais regarder Londres et sa « diversité heureuse » comme l’unique horizon moralement acceptable.



L’alignement idéologique parisien de la dernière décennie


Sous l’effet conjugué d’une gestion municipale durablement ancrée à gauche et d’une orientation nationale de centre gauche, Paris a peu à peu adopté le langage et les réflexes de ce qu’elle contestait autrefois. La diversité est devenue un slogan. La mise en avant des identités d’origine a remplacé l’exigence d’intégration culturelle. Il est devenu plus facile de promouvoir les cuisines « du monde » que la cuisine française populaire, plus valorisant de célébrer la pluralité que de défendre un héritage commun sans s’en excuser.


Ce basculement idéologique a été résumé de manière presque brutale par une phrase présidentielle devenue emblématique : « Il n’y a pas de culture française ». Cette déclaration d'Emmanuel Macron n’est pas un simple dérapage sémantique ; elle acte une rupture. Elle signifie que la culture majoritaire n’est plus pensée comme un bien commun à transmettre, mais comme une construction suspecte, voire illégitime.



Paris imite Londres au moment ou Londres doute


Le paradoxe est saisissant : Paris adopte aujourd’hui le récit londonien au moment même où Londres commence à en constater l’échec.

Au Royaume-Uni, les débats sur les limites du multiculturalisme ne sont plus marginaux. Rapports officiels sur les « sociétés parallèles », tensions communautaires récurrentes, émeutes urbaines, crispations identitaires dans certains quartiers de Londres ou de Birmingham : responsables politiques et intellectuels reconnaissent désormais que la simple coexistence des différences ne suffit pas à faire société. Même des figures historiquement favorables au multiculturalisme parlent aujourd’hui de fragmentation, de perte de cohésion et d’échec de l’intégration.


La France semble ainsi importer avec retard un modèle idéologique que son laboratoire d’origine commence à remettre en cause.



Quelle diversité, et surtout autour de quoi ?


La question n’est pourtant pas de refuser en bloc toute notion de diversité. Elle est de savoir de quelle diversité l’on parle. S’agit-il de la diversité des origines individuelles au sein d’un même peuple — réalité objective et ancienne de la population française — ou bien de la diversité culturelle, entendue comme la juxtaposition de cultures distinctes sur un même territoire ?


Ces deux conceptions sont antagonistes. Or cette ambiguïté n’est jamais explicitée, sans doute volontairement, afin de maintenir la confusion et de disqualifier toute critique du multiculturalisme anglo-saxon comme relevant du « repli » ou de la « haine de l’autre ».



Une capitale sans culture centrale devient une vitrine


Une société sans culture centrale finit par ne plus rien proposer à ceux qu’elle accueille, sinon un marché et des droits abstraits. Une capitale qui renonce à promouvoir ce qui lui est propre devient une vitrine du monde, mais cesse d’être un centre.


Paris n’a jamais été grande parce qu’elle était diverse. Elle a été diverse parce qu’elle était grande, parce qu’elle portait une culture forte, désirable, assimilatrice. Cette hiérarchie a été oubliée.



Retrouver la ville lumière


Il n’est peut-être pas trop tard. Paris peut encore redevenir ce qu’elle a été : le phare de la latinité, de la francophonie, d’un universalisme exigeant qui n’oppose pas l’héritage à l’ouverture, mais les articule. À condition de retrouver le courage de nommer, de transmettre et d’assumer une culture commune — non contre les autres, mais pour tous.


Avec les prochaines élections municipales, cette question doit plus que jamais être d'actualité, pour l'avenir de Paris, mais aussi celui de la France.

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