Pourquoi la France doit sortir de la dépendance à l'emprise Anglo-saxonne
- Luc Delmont
- 31 juil. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 août 2025
Pourquoi la France doit sortir de la dépendance
Par-delà l’OTAN, les GAFA et Netflix, une autre voie est possible

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France — et plus largement l’Europe — a glissé progressivement dans une forme de dépendance culturelle, technologique, militaire et économique vis-à-vis du monde anglo-saxon, principalement incarné par les États-Unis.
Si cette relation s’est parfois révélée utile ou stabilisatrice, notamment durant la guerre froide, elle a aussi conduit à l’effacement progressif d’un modèle de civilisation proprement latin, humaniste et universaliste, dont la France fut l’un des pôles fondateurs.
Ce n’est pas l’hostilité envers les Anglo-Saxons qui motive cette réflexion, mais le besoin de redéfinir un projet français et européen indépendant, équilibré, et capable de porter une autre vision du monde.
Voici pourquoi.
L’empire anglo-saxon n’est pas un fantasme : c’est une réalité géopolitique
Quand on parle d'« empire anglo-saxon », il ne s'agit pas d'une conspiration douteuse, mais d’un système cohérent de domination douce et dure, qui articule :
Un pouvoir militaire mondial via l’OTAN, dont le commandement est à Washington ;
Un pouvoir monétaire avec la domination du dollar, des banques américaines et des marchés financiers anglo-saxons ;
Un pouvoir technologique et économique par les GAFAM et leurs équivalents britanniques ou canadiens ;
Un pouvoir juridique par l’extraterritorialité du droit américain (affaires BNP, Alstom, Huawei…) ;
Un pouvoir culturel et narratif par l’anglais, Hollywood, les séries, les universités, les modèles d’entreprise et de société.
Tout cela forme un empire sans frontières officielles, mais aux effets concrets sur notre souveraineté.
La France y perd son âme, sa langue, et sa puissance
Une langue déclassée
La langue française recule partout — dans le commerce, la diplomatie, la recherche, les universités, l’entreprise. À l’ère du tout-anglais, ce n’est pas seulement une langue qu’on affaiblit, mais une vision du monde, une manière de penser, de débattre, de créer.
Une culture effacée
Le soft power anglo-saxon impose ses standards moraux, esthétiques et idéologiques. Des œuvres françaises peinent à exister face au rouleau compresseur culturel américain. La mémoire collective elle-même est remodelée selon des grilles importées (wokisme, cancel culture, néo-colonialisme inversé...).
Une diplomatie alignée
La France, jadis nation du non-alignement (Suez, Irak, sortie de l’OTAN en 1966), se retrouve souvent alignée malgré elle. Son indépendance stratégique s’effrite, son influence décroît, et son rôle international se résume de plus en plus à relayer des initiatives étrangères.
L’illusion de la “communauté occidentale”
On nous explique souvent que la France appartient à une “famille occidentale” soudée, unie par des “valeurs”. Mais cette solidarité est asymétrique : les États-Unis défendent leurs intérêts, pas ceux de l’Europe ou de la France.
Ils sanctionnent nos entreprises, même alliées.
Ils imposent leurs normes technologiques.
Ils nous concurrencent en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.
Ils exploitent les failles de notre marché (ex. : rachat de nos fleurons industriels).
Pendant ce temps, l’Europe reste dépendante du parapluie militaire américain, au lieu de construire une défense autonome.
Une autre voie est possible : latine, souveraine, équilibrée
Sortir de la dépendance anglo-saxonne, ce n’est pas “se couper du monde”. C’est retrouver un équilibre civilisationnel. C’est :
Réaffirmer notre autonomie stratégique, par une défense et une diplomatie indépendantes,
Relancer la francophonie, non pas comme un gadget culturel, mais comme un espace politique, économique et humain alternatif au modèle anglo-mondialiste,
Revaloriser notre langue, notre système juridique, notre patrimoine intellectuel, nos modèles éducatifs,
Créer des alliances nouvelles : avec l’Amérique latine, les pays latins d’Europe (Italie, Espagne, Grèce), l’Afrique francophone, le Maghreb, le Liban, l’Inde ou le Japon,
Investir dans les technologies souveraines (cloud, IA, cybersécurité, énergies, transports),
Repenser le contenu de l’universalisme français, non pas comme un impérialisme déguisé, mais comme un humanisme ancré dans la culture gréco-romaine, chrétienne et laïque.
Redevenir soi-même, pour mieux dialoguer avec les autres
La domination anglo-saxonne est efficace parce qu’elle n’est pas imposée par la force, mais par l’imaginaire, le commerce et le langage. Elle est douce, mais redoutablement efficace. Pour y résister, la France ne doit pas s’opposer frontalement, mais retrouver sa mémoire, sa langue, ses alliances naturelles, sa profondeur historique.
C’est en redevenant pleinement elle-même que la France pourra de nouveau proposer quelque chose au monde — une voie latine, universaliste, rationnelle, mais respectueuse des identités et des peuples.



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