Multiculturalisme de gauche et ethnicisme d'extrême droite : deux faces d'une même pièce
- Luc Delmont
- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

Nous ne devrions pas à avoir à choisir entre ces deux approches racialistes de la société : un autre modèle est possible pour la France
Le débat politique et sociétal contemporain est aujourd’hui englué dans une nasse stérile, tiraillé entre deux visions dogmatiques qui conduisent toutes deux à une impasse. D’un côté, le modèle multiculturaliste, importé pour l'essentiel du monde anglo-saxon, enferme les individus dans des communautés étanches, assignées à leurs origines et transformant la société en une juxtaposition de blocs rivaux.
De l'autre, la vision ethniciste ou national-identitaire réduit la nation à une stricte généalogie, rêvant d'un pays figé dans un mythe tribal où l'on brandit des origines exclusives comme nos "ancêtres les Gaulois" ou le sang des Francs.
Ces deux approches, qui se pensent en apparence opposées, partagent pourtant la même tare originelle : elles essentialisent les individus selon leurs origines. Dans l'une comme dans l'autre, vous êtes prisonnier de ce que vos ancêtres étaient, qu'ils viennent de l'autre bout de la planète ou d'une tribu locale ancestrale.
Pourtant, face à cette double dérive, la France dispose dans son histoire longue d'un contre-pouvoir puissant, universel et profondément émancipateur : le modèle latin.
L'effritement du modèle républicain : de l'adhésion identitaire à la pure gestion administrative
Le drame contemporain de la France ne réside pas seulement dans l'affrontement des communautarismes, mais dans le dépérissement de son propre modèle politique. Le modèle républicain, historiquement issu de cette vision universaliste, s'est progressivement vidé de sa substance au cours des décennies.
À force de vouloir être neutre, procédurier et gestionnaire, l'État a réduit l'appartenance à la France à une simple dimension administrative, résumée à un passeport, un ensemble de formalités fiscales et l'accès à des droits sociaux.
Or, une grande nation ne survient pas par la seule magie d'un code civil ou d'une feuille d'impôts. La République d'aujourd'hui n'est plus capable de créer une appartenance identitaire au sens noble du terme, c'est-à-dire un récit partagé, une fierté collective et une sève culturelle vibrante, pourtant indispensables pour faire nation et lier les citoyens entre eux et les faire "vivre ensemble".
La latinité : une identité culturelle inclusive en réponse aux racialismes de droite et de gauche
C'est précisément ici que la redécouverte de notre matrice latine change radicalement la perspective. Qu'est-ce que la latinité ? Contrairement à une idée reçue très ancrée chez les Anglo-Saxons, en particulier aux Etats-Unis, qui la réduisent à des phénotypes, la latinité historique n'a jamais été une question de sang ou de pureté raciale ou d'apparence physique.
L'Empire romain était, par définition, un empire métissé, universel, fondé sur l'intégration par le droit, la langue, l'urbanisme et le civisme. On ne naissait pas nécessairement Romain, on le devenait en adoptant les lois de la cité, en participant à son édification et en s'appropriant sa culture. Appliquer ce paradigme à la France d'aujourd'hui, c'est désamorcer le piège de l'assimilation impossible. D'une part, on ne peut pas demander à un être humain de changer de génétique pour prétendre le faire devenir biologiquement un Celte ou un Franc. D'autre part, on peut légitimement lui demander de partager une culture, une langue, des lois et un art de vivre pour devenir un héritier de la latinité.
La latinité n'exige pas de renier ses origines intimes. Elle propose un espace commun, une grammaire civique et culturelle qui transcende les parcours familiaux hérités pour s'élever vers la citoyenneté partagée autour d'une identité culturelle commune.

Un universalisme incarné en reéponse à la "balkanisation" du pays
Le modèle latin de la France repose sur des piliers structurants qui font voler en éclats aussi bien les pièges du communautarisme que ceux de l'ethnicisme.
La première exigence est la primauté absolue de l'espace public sur l'appartenance privée. Dans la tradition latine, ce qui rassemble est public, politique et laïc. Les particularismes religieux, communautaires ou régionaux relèvent de la sphère intime. On ne négocie pas l'unité de la République par îlots de communautés ; on s'adresse à des citoyens égaux en droits et en devoirs.
La seconde exigence réside dans le culte de la langue et de la loi. La culture française n'est pas un marqueur ethnique, n'est pas la "culture des blancs" mais un formidable outil d'émancipation intellectuelle. S'approprier la langue de Molière, de Hugo ou de Césaire, s'approprier les tradictions culinaires millénaires de nos terroirs, ses façons d'habiter et de vivre ensemble c'est entrer de plein pied dans le grand récit de la rationalité, du débat public et de l'universel.
La troisième exigence est celle de l'intégration par l'adhésion. Historiquement, la France a toujours su intégrer des vagues migratoires massives, qu'elles soient italiennes, espagnoles, polonaises ou portugaises, non pas en les parquant dans des catégories figées, mais en les dissolvant dans le creuset républicain par l'assimilation culturelle et civique.
Refuser le choix stérile entre racialisme et racialisme
Ce modèle universaliste, loin d'être une abstraction hors-sol ou un vœu pieux, a toujours été le fruit et la traduction directe de la vision latine de la société française. La latinité est cette sève culturelle et civilisationnelle qui irrigue notre pays et le bassin méditerranéen depuis des millénaires.
À l'heure où le multiculturalisme anglo-saxon montre partout ses limites objectives en fracturant les sociétés en blocs rivaux et en détruisant le ciment civique indispensable, nous ne devons surtout pas l'importer ou l'imiter.
Retrouver l'esprit de la latinité, c'est redonner à la France l'audace d'un projet d'intégration exigeant, culturel et vivant, capable de rassembler tous ses enfants autour d'un destin commun et d'une exigence partagée.



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