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Nos ancêtres, des "celtes" ?

Luc Delmont
22 juil.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 sept.



« Nos ancêtres les Gaulois... » Cette formule, longtemps gravée dans le marbre de l'école républicaine, a façonné l'imaginaire national français. Ce mythe ancre les origines de notre pays dans une terre "celte", rustique et drapée d'une image septentrionale.


Pourtant, cette vision figée ne résiste ni à l'épreuve de l'archéologie moderne ni à celle de l'histoire des civilisations.


Il est temps de déconstruire ce mythe fondateur, non pas parce qu'il serait mauvais d'avoir un récit national, mais parce que ce récit est tellement partiel qu'il transmets une idée profondément erronnée de ce qui fait que la France est la France.


Nous devons embrasser une réalité historique bien plus riche et cohérente : celle d'une France profondément ancrée et ouverte depuis toujours dans l'espace méditerranéen, et ce, même dans le nord du pays.



Mais qui étaient vraiment les « Gaulois » ?



Les origines idéologiques du mythe et le prisme racialiste du XIXe siècle


Loin d'être une vérité absolue, ou une connaissance historique connue et acceptée depuis toujours, l'expression « nos ancêtres les Gaulois » est une construction politique et idéologique du XIXe siècle.


C'est le produit d'une époque où le racialisme, c'est à dire le fait de définir l'identité d'un peuple d'abord par sa génétique, réelle ou supposée, bat son plein. Les élites intellectuelles et les historiens nationalistes cherchent alors à légitimer la puissance des États-nations par des récits d'origines exclusives.


Sous l'influence des théories Britanniques et Allemandes, une lecture « nordique » de l'identité est alors valorisée. On associe les peuples du Nord à la force guerrière, à la liberté et à la pureté, rejetant la Méditerranée du côté de la décadence ou de l'arrièration.


Le mythe gaulois, par son label "celtique", alors en vogue dans les milieux nationalistes Ecossais, Irlandais ou Gallois, est choisi pour donner à la France une assise qui puisse exalter un imaginaire associé à "l'Europe du nord", conformément à la mode de l'époque.


A cette époque, on ne savais pas grand chose des Celtes, et on les imaginait aisément être les peuples authocthones de l'Europe du nord-ouest... Ce qu'il n'on en fait jamais été.



La réalité historique : Les Celtes sont une civilisation extérieure, venue d'Europe centrale


Loin du mythe d'un peuple autochtone nordique, les Celtes, dont les Gaulois font partie, n'étaient ni des « indigènes » figés de longue date sur le sol français, ni des Européens du nord ayant remplacé les populations préexistantes.


Ce sont des populations issues d'une civilisation exogène, originaires d'Europe centrale (cultures de Hallstatt et de La Tène), qui ont migré, conquis et colonisé l'espace européen au cours du Ier millénaire avant notre ère, exactement de la même manière que les Romains le feront plus tard.



Les véritables ancêtres « autochtones » : Le substrat méditerranéen


Ces Celtes conquérants ne sont pas arrivés sur des terres vierges. L'actuel territoire français était déjà peuplé depuis des millénaires par des populations de sédentaires, d'agriculteurs et de bâtisseurs mégalithiques pré-indo-européennes, pour une large part originaires du bassin méditerranéen.


Sur le plan génétique et anthropologique, les vagues celtiques successives n'ont pas provoqué de grand remplacement de population. Les habitants locaux préexistants ont été intégrés à la civilisation celtique, mais sont resté génétiquement majoritaires. C'est ce socle méditerranéen et néolithique qui constitue le véritable fondement biologique et culturel des populations de notre territoire.



Une continuité civilisationnelle


Une fois installés, contrairement à l'image d'épinal, les Gaulois n'ont pas vécu en barbares isolé. Ils ont développé une civilisation brillante en profonde continuité avec les civilisations qui les ont précédées, et avec ce peuplement antérieur en symbiose avec le monde méditerranéen.


Ils ont créé des oppidums (villes fortifiées) marquant une urbanisation avancée. Ils se sont intégrés dans des réseaux de commerce intenses avec les Grecs (fondateurs de Massalia/Marseille) et les Étrusques, etc.




La France, une civilisation née de Rome et de la Méditerranée



Les fondations gréco-romaines


L'histoire de la France ne commence pas avec la Gaule indépendante. Elle débute avec son inscription dans l'orbite de la Méditerranée depuis toujours. Les colonisations grecques apportent très tôt la viticulture, l'olivier, l'écriture et la philosophie sur le pourtour gaulois.


La romanisation profonde qui suit transforme la Gaule en l'une des provinces les plus prospères et civilisées de l'Empire romain. La Gallia Narbonensis est surnommée « la Province », d'où dérive le mot Provence.



Des piliers culturels et institutionnels irrémédiablement latins


Aujourd'hui, tout ce qui fait l'existence et la cohésion de la France trouve sa source directe dans cette matrice méditerranéenne :


La langue : Le français est une langue romane, issue de la transformation du latin vulgaire sous l'effet du substrat gaulois.


Le droit : Le système juridique français repose sur le droit écrit et le Code civil, héritiers directs du droit romain.


La spiritualité et les structures mentales : La religion catholique romaine, bien que d'origines orientales (toujours méditerranéennes), s'est structurée à travers l'administration et la théologie de Rome.



Abandonner le mythe "gaulois" est une nécessité civique


Un rétablissement de la vérité historique face aux anachronismes


Au XXIe siècle, la science a progressé. L'archéologie préventive, l'anthropologie et la génétique des populations ont balayé les récits nationalistes du XIXe siècle. Continuer à faire reposer l'identité française sur le mythe exclusif de « nos ancêtres les Gaulois » revient à s'enfermer dans une fiction politique obsolète.


Cette fiction est incapable de rendre compte de la réalité profonde de notre identité nationale.



Sortir du modèle anglo-germanique et réhabiliter la latinité


Le mythe d'une France « nordique » a souvent servi de cheval de Troie pour importer des modèles de société qui lui sont étrangers. Cela inclut un modèle de société ultra-individualiste et désincarné, mais aussi une vision communautariste ou multiculturaliste fragmentée, à des années lumière de l'idéal universaliste latin d'assimilation et de métissage.


En renouant pleinement avec nos fondements latins, la France retrouve un logiciel politique et philosophique protecteur et structurant. Cela implique une idée de l'identité nationale qui ne soit pas axée sur un mythe génétique "nordique", qui par définition est dans l'icapacité d'assimiler pleinement des apports humains venus d'ailleurs.


L'assimilation et le métissage culturel doivent être des voies d'intégration républicaine. La primauté du bien commun et du contrat civique doivent primer sur les appartenances identitaires cloisonnées. Le sens de l'État, de la solidarité collective et de l'universalisme sont les plus beaux héritages de la civilisation romaine.



Une nouvelle vision pour la France


Se détacher du mythe de « nos ancêtres les Gaulois » n'est en rien un reniement de notre histoire.


Au contraire, c'est une libération. En acceptant de voir que la France est, par sa langue, son droit, son art de vivre et ses racines profondes, une grande nation latine et méditerranéenne, nous offrons au XXIe siècle un récit cohérent, unificateur et fidèle à la vérité de son sol.



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