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« Nos ancĂȘtres les Gaulois »? Vraiment ?

  • Luc Delmont
  • 17 dĂ©c. 2021
  • 8 min de lecture

DerniĂšre mise Ă  jour : 13 juin 2025



Lorsque l'on affirme que la France est un pays latin, l’objection que l’on s’attend automatiquement Ă  recevoir est que la France ne le serait pas vraiment car elle se distinguerait profondĂ©ment des autres de par son identitĂ© ethnique "celtique", supposĂ©e ĂȘtre fondamentalement diffĂ©rente de l'ethnicitĂ© des Italiens, des Espagnols ou des Portugais.


Depuis le 19Ăšme siĂšcle, Nous avons tous Ă©tĂ© bercĂ©s au son de « nos ancĂȘtres les Gaulois ». Que ce soit dans les anciens livres d’histoire, ou, de façon plus pernicieuse, par l’imprĂ©gnation d’une certaine culture populaire vĂ©hiculĂ©e notamment par la cĂ©lĂ©brissime bande dessinĂ©e « AstĂ©rix le Gaulois », mettant en scĂšne des stĂ©rĂ©otypes nationaux français transposĂ©s dans une Gaule imaginaire.


Au fond de nous, nous savons que nous n’avons hĂ©ritĂ© ni de la langue des Gaulois (les Gaulois parlaient des langues celtiques), ni de leur culture ou de leurs modes de vie, qui ont Ă©tĂ© romanisĂ©s depuis bien longtemps. Cependant, nous avons tous plus ou moins consciemment intĂ©grĂ© le fait qu’il s’agirait du « peuple autochtone » de la France, garant de la continuitĂ© historique Ă©ternelle. Les Gaulois seraient un peuple homogĂšne qui aurait traversĂ© les Ăąges en retenant une identitĂ© profonde, en nous transmettant son Ăąme et son esprit national, par le biais d'un lien gĂ©nĂ©alogique traversant les siĂšcles et se poursuivant aprĂšs la romanisation.


Un mythe fondateur toujours vivant


A l’évocation du mot « Gaulois », vient immĂ©diatement dans les esprits de chacun une charge identitaire, voire une Ă©motion nationaliste dans le sens ethno-gĂ©nĂ©tique du terme. Dans la culture populaire, e d'ailleurs tout autant dans des milieux ethno-nationalistes que chez les indigĂ©nistes dĂ©coloniaux, il est devenu habituel de qualifier les français « blancs » de Gaulois, que ce soit de façon pĂ©jorative, ou au contraire comme symbole d’une fiertĂ© ethno-identitaire d’extrĂȘme droite.


Ceci est particuliĂšrement notable dans le discours de personnes qui prĂ©sentent une approche racialiste, qu’elle soit d’extrĂȘme-gauche indigĂ©niste, ou d’extrĂȘme-droite ethno-nationaliste. Selon ces vues provenant des deux extrĂ©mitĂ©s de l’échiquier politique, qui finalement se rejoignent sur ce point comme sur de nombreux autres, il existerait de toute Ă©vidence dans notre pays un peuple historique existant depuis toujours, et celui-ci aurait les traits que l’on attribue au « peuple Gaulois » dans l’imaginaire collectif. La seule diffĂ©rence est que pour les uns, il constitue un contre-modĂšle avec lequel il faudrait s’opposer, et que pour les autres, leurs supposĂ©s descendants reprĂ©senteraient les seuls français vĂ©ritablement lĂ©gitimes sur le territoire.


Or, comment est reprĂ©sentĂ© ce « peuple originel » Gaulois dans le roman national officiel depuis le 19Ăšme siĂšcle ? Que ce soit dans nos livres d’histoire ou dans AstĂ©rix, les Gaulois sont immanquablement qualifiĂ© de peuple « celtique ». Il est gĂ©nĂ©ralement assumĂ© que ce peuple serait gĂ©nĂ©tiquement et culturellement homogĂšne, en Ă©tant habituellement reprĂ©sentĂ© comme possĂ©dant des caractĂ©ristiques ethniques et culturelles propres au monde paĂŻen d’Europe du nord. Peu de Français, y compris "de souche" correspondent Ă  cette image d'Epinal.


Sur les illustrations qui ont bercĂ© notre enfance, nous avons Ă©tĂ© habituĂ©s Ă  voir prĂ©senter comme Ă©tant « nos ancĂȘtres », des personnages plutĂŽt blonds, roux, portĂ©s sur des boucliers (tradition germanique), vivant un mode de vie de quasi chasseurs-cueilleurs et vivant dans des petits villages faits de cases de chaume.


Cette idĂ©e est si profondĂ©ment ancrĂ©e dans notre imaginaire collectif qu’il est quasiment impossible de la remettre en question. Le simple fait de s’interroger sur le bien-fondĂ© de l’affirmation « nos ancĂȘtres sont les Gaulois » relĂšve pour certains d’un vĂ©ritable affront au sens patriotique, ou d’une traitrise Ă  la nation. Comme si, pour nombre d’entre nous, il y avait une fusion complĂšte entre le fait d’ĂȘtre Français, dans le sens moderne du terme, et le fait d’ĂȘtre « Gaulois ».


Etant donnĂ© la façon dont sont dĂ©crit ces « ancĂȘtres », il est facile pour certains d’associer ainsi ces caractĂ©ristiques physiques plutĂŽt nord-EuropĂ©ennes avec la revendication d’une lĂ©gitimitĂ© Ă  ĂȘtre un « vrai français », car supposĂ© descendre de ces Gaulois d'apparence "nordique".


Pourtant, il est lĂ©gitime de se demander si cette construction du mythe national français fondĂ© sur le peuple Gaulois est non seulement historiquement, ethniquement ou gĂ©nĂ©tiquement juste, mais il est aussi intĂ©ressant de se demander s’il est toujours pertinent de s’appuyer dessus en 2021.


PortĂ© au XIXĂšme siĂšcle par la IIIĂšme rĂ©publique, le mythe fondateur mettant en scĂšne les Gaulois comme peuple originel des français est une invention plutĂŽt rĂ©cente. Auparavant, en dehors de certains milieux Ă©rudits, peu de gens avaient connaissance de ces peuples. En rĂ©alitĂ©, il n’y a jamais eu une nation Gauloise unique mais des dizaines de peuples distincts et souvent rivaux, que les Romains avaient tous arbitrairement qualifiĂ©s de « Gaulois » lors de la conquĂȘte de -52.


La Gaule, un concept essentiellement géographique


Pour les Romains, le concept de « Gaule » Ă©tait avant tout une notion gĂ©ographique Ă  visĂ©e guerriĂšre. Il s’agissait ainsi de dĂ©signer, de façon assez arbitraire, l’ensemble des territoires qui se situent entre le Rhin, l’ocĂ©an Atlantique et les PyrĂ©nĂ©es. Cet immense ensemble, couvrait non seulement toute la France actuelle, mais aussi le nord de l’Italie, l’essentiel de la Suisse, le sud-ouest de l’Allemagne, la Belgique et le sud des Pays-Bas.

Etant donnĂ© l’étendue et la diversitĂ© de ces territoires, il n’est pas surprenant que ceux-ci aient recouvert une multitude de populations trĂšs diffĂ©rentes entre elles. Les Gaulois, dans le sens qu’en donnaient les Romains, d’ailleurs, n’étaient pas tous des peuples Celtiques.


Dans le recueil « la Guerre des Gaules », Jules CĂ©sar dresse un portrait trĂšs diversifiĂ© des diffĂ©rentes populations vivant en Gaule. Certains peuples sont effectivement qualifiĂ©s de « celtiques », du fait de leur pratique de langue de mĂȘme famille linguistique et d’un certain nombre de caractĂ©ristiques culturelles communes, d’un certain type d’organisation sociale et d'une culture matĂ©rielle spĂ©cifique.


Mais il existait aussi sur le territoire des Gaules d’autres peuples, totalement distincts des celtes, comme les Aquitains, qui vivaient dans le sud-ouest de la France actuelle (La rĂ©gion de la Gascogne, au sud de la Garonne), et dont les langues Ă©taient les ancĂȘtres du Basque actuel. Au nord de la Seine et jusqu’au Rhin, vivaient les Belges, que les Romains ont dĂ©crits comme des peuples possĂ©dant des caractĂ©ristiques culturelles tantĂŽt proches des Celtes, tantĂŽt proches des populations germaniques vivant Ă  l’est du Rhin. Selon les Ă©crits de CĂ©sar, les Gaulois Belges menant un mode de vie plus rustique, moins urbain que les peuples Gaulois de culture Celtique.


Des peuples de Gaule plus méditerranéens que l'on croit


Dans le sud mĂ©diterranĂ©en, qui a Ă©tĂ© romanisĂ© un siĂšcle avant les autres parties de la Gaule, cohabitaient visiblement des peuples non celtiques, notamment des IbĂšres et des Ligures auxquels se sont ajoutĂ© quelques tribus Celtes en provenance d’Europe centrale. Par ailleurs, d’importantes colonies grecques ont Ă©tĂ© fondĂ©es Ă  partir de -600 avant JC le long du littoral mĂ©diterranĂ©en. Plusieurs siĂšcles avant la romanisation, la culture grecque s’est ainsi implantĂ©e autour de la plus ancienne ville française, la colonie PhocĂ©enne de Massalia (Marseille), ainsi que dans l’intĂ©rieur de la Provence (Nice, Antibes, Olbia (proche de HyĂšres), Agde, Glanum (proche de Saint RĂ©my de Provence), etc.


Le monde Grec, 4 siÚcles avant Rome, a établi des colonies tout autour du bassin méditerranéen. DÚs le 6Úme siÚcle avant JC, le littoral méditerranéen français est fortement hellénisé autour de la colonie de Massalia. Cette colonisation exercera une influence majeure sur les peuples autochtones, Ligures et Celtiques, y compris dans des contrées les plus septentrionales.


Dans la Gaule prĂ©-romaine, depuis Massalia et ses colonies, la culture et la civilisation grecques ont profondĂ©ment pĂ©nĂ©trĂ© le territoire. Les diffĂ©rents peuples de Gaule celtique n’ont jamais dĂ©veloppĂ© d’écriture, du fait d’interdits religieux. En contact rapprochĂ© avec les grecs du littoral mĂ©diterranĂ©en, les Gaulois ont alors appris Ă  faire usage de l’alphabet Grec pour Ă©crire leur langue, faisant pĂ©nĂ©trer des Ă©lĂ©ments de culture HĂ©llĂ©nique au-delĂ  des rĂ©gions mĂ©diterranĂ©ennes au sens strict du terme. C’est notamment en leur contact que les peuples de Gaule ont dĂ©veloppĂ© un goĂ»t pour le vin (contrairement Ă  l’imaginaire vĂ©hiculĂ© par AstĂ©rix, qui dĂ©peint les Gaulois comme uniques amateurs de cervoise), aujourd’hui part emblĂ©matique de l’identitĂ© française. D’une certaine façon, les Grecs ont prĂ©parĂ© le terrain pour l’arrivĂ©e des Romains, plusieurs siĂšcles avant eux. Les Grecs ont Ă©tabli des ports et des comptoirs le long de la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne, tandis que les Romains ont tissĂ© en parallĂšle un rĂ©seau de routes et d’agglomĂ©rations s’enfonçant dans les arriĂšre-pays.


L’évolution importante des connaissances en matiĂšre archĂ©ologique a permis de clarifier un certain nombre d’idĂ©es prĂ©conçues sur les peuples vivant en Gaule. Loin d’ĂȘtre constituĂ© de peuples de chasseurs-cueilleurs paĂŻens semi-nomades vivant dans des villages de paille, les peuples qui occupaient ces territoires Ă©taient fortement sĂ©dentarisĂ©s depuis des millĂ©naires, organisĂ©s autours de villes-Ă©tat (Oppidae), comme cela Ă©tait le cas dans le reste du bassin mĂ©diterranĂ©en.


Loin d'ĂȘtre tous de culture celtique, les habitants de la Gaule formaient ainsi en rĂ©alitĂ© plusieurs aires culturelles distinctes, dont les peuples de culture Celtique formaient cependant la plus grande part. Il faut bien comprendre que ces "Celtes" formaient, non pas un peuple dans le sens ethno-gĂ©nĂ©tique du terme, mais une civilisation. Était dĂ©signĂ© comme « Celte », toute personne appartenant Ă  une culture ayant des caractĂ©ristiques propres au monde celtique, sans que cela laisse supposer des caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques particuliĂšres.


Cette civilisation celtique n’était pas « autochtone », elle n'Ă©tait pas originaire de ces territoires. Les Celtes Ă©taient une civilisation ayant initialement pour cƓur historique les rĂ©gions Danubiennes d'Europe centrale situĂ©es au nord des Alpes (actuelle Allemagne du sud, Suisse, Autriche). Comme de nombreuses autres avant, et Ă  l’instar de la civilisation romaine aprĂšs eux, cette culture a pris racine sur une partie des territoires qui forment aujourd’hui la France, s'installant progressivement entre -800 et -50 avant JC, c’est-Ă -dire sur une pĂ©riode relativement courte Ă  l’échelle de l’histoire de notre pays.



Le cƓur de peuplement Celtique correspond Ă  l’espace d'Europe Centrale au nord des Alpes. Les seules rĂ©gions de France Ă  faire partie de ce cƓur historique sont les rĂ©gions du nord-est : actuelles Alsace, Lorraine, Franche-ComtĂ©. A partir de ce noyau historique, la civilisation Celtique s’est ensuite dĂ©veloppĂ©e dans toutes les directions. Vers l’est le long du Danube, et jusqu’en Anatolie (Turquie actuelle), et vers l’ouest, vers les Ăźles britanniques, vers la France actuelle, vers l’Espagne, le Portugal et au sud vers l’Italie du nord.


Il est difficile de croire que ce dĂ©veloppement rapide ait Ă©tĂ© liĂ© Ă  la seule poussĂ©e migratoire. Par analogie avec ce qui se passera avec la conquĂȘte Romaine, nous pouvons vraisemblablement croire qu’il n’y a pas vĂ©ritablement eu de remplacement gĂ©nĂ©tique des populations autochtones par les Celtes, mais probablement plutĂŽt une acculturation accompagnĂ©e d’un mĂ©tissage au sein d'Ă©lites dirigeantes.


Avant la colonisation Gauloise/Celtique, les territoires de notre pays Ă©taient dĂ©jĂ  densĂ©ment peuplĂ©s par ceux qui Ă©taient nos ancĂȘtres de bien plus longue date : Les peuples descendants des premiers agriculteurs du nĂ©olithique ayant migrĂ© d’Anatolie et du Proche-Orient vers l’Europe il y a 9 000 ans.


Parmi ces peuples, les Vascons dans le sud-ouest ont su rĂ©sister aux envahisseurs Celtiques et nous lĂ©guer aujourd’hui une des langues les plus anciennes d’Europe, le Basque. Nous savons que d’autres peuples prĂ©-celtiques ont existĂ© sur notre territoire avant leur "celtisation". Par exemple les Ligures dans le sud-est, et ailleurs, toute une sĂ©rie d'autres peuples mĂ©diterranĂ©ens du nĂ©olithique ont peuplĂ© nos territoires avant d'adopter la culture des Celtes, puis des Romains.

Bien que nous ne connaissons pas le nom de tous ces peuples, nous savons qu'ils ont existé, ils nous ont légué les plus anciennes constructions implantées sur notre territoire national.


Contrairement Ă  la croyance populaire, les nombreux menhirs et dolmens rĂ©partis sur toute la France n’ont rien avoir avec les Gaulois : ces constructions mĂ©galithiques, prĂ©cĂšdent l'arrivĂ©e des Celtes sur le territoire de plusieurs milliers d’annĂ©es.


Si nous voulons Ă  tout prix nous trouver des « ancĂȘtres » pourquoi ne pas prendre en compte ses anciennes populations du nĂ©olithique d'origines mĂ©diterranĂ©ennes qui constituent la majoritĂ© de notre ADN, plutĂŽt que de nous identifier exclusivement aux Celtes ?


Les nombreux sites mĂ©galithiques Français, situĂ©s aux quatre coins du pays, n’ont rien Ă  voir ni avec les Bretons, les Gaulois ou ni les Celtes en gĂ©nĂ©ral, car Ă©rigĂ©s Ă  minima 3000 ans avant l’arrivĂ©e de la civilisation celtique, par nos ancĂȘtres, les agriculteurs du nĂ©olithique originaires du proche Orient.


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