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Le golfe de Gascogne, l'autre mer latine

  • Luc Delmont
  • il y a 2 jours
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour




Lorsque l'on évoque l'idée d'une « mer latine », c'est spontanément vers la Méditerranée occidentale que se tournent les regards. Berceau des civilisations antiques, espace d'échanges entre la France, l'Espagne, l'Italie, elle incarne depuis des millénaires un monde culturel partagé.


Pourtant, à l'ouest de l'Europe existe une autre mer, plus discrète mais tout aussi révélatrice d'une profonde communauté de destin : le golfe de Gascogne, que les Espagnols appellent la mer Cantabrique.


Pour la France, il concerne l'ensemble de la façade Atlantique de la France. Tandis que les côtes de la manche s'orientent vers les îles Britanniques, ce littoral Atlantique français, de la Pointe du Raz à Hendaye directement face à la péninsule Ibérique.


Véritable « autre mer latine », il unit les diverses régions des façades atlantiques de la France et de l'Espagne dans un espace où l'on retrouve un miroir culturel dépassant largement les différences géographiques contrastées des deux rives.



Vaste espace Maritime situé entre les Finistères Français et Espagnols, le Golfe de Gascogne est une  "mer latine", située à des latitudes proches de celles de la mer Adriatique appartenant pleinement à l'Europe du sud-ouest, tant pour ses cultures que pour ses climats océaniques doux.
Vaste espace Maritime situé entre les Finistères Français et Espagnols, le Golfe de Gascogne est une "mer latine", située à des latitudes proches de celles de la mer Adriatique appartenant pleinement à l'Europe du sud-ouest, tant pour ses cultures que pour ses climats océaniques doux.

Une "mer" singulière au cœur de l'Atlantique


En français, le golfe de Gascogne n'est pas officiellement une mer, mais en a tous les atouts, elle est la plus vaste échancrure de la façade atlantique européenne. Délimité au nord par la Bretagne, il longe les côtes françaises jusqu'au Pays basque avant de s'étendre vers l'ouest le long de la côte cantabrique jusqu'au cap Finisterre, en Galice.


À première vue, les deux rives semblent presque opposées.


La côte française, orientée principalement du nord au sud, déroule d'immenses plages de sable, des cordons dunaires et de vastes forêts de pins. Depuis l'estuaire de la Gironde jusqu'aux Landes, elle offre l'un des plus longs linéaires de plages d'Europe, façonné par les vagues atlantiques et les vents d'ouest.



 




En face, la côte espagnole suit une orientation est-ouest. Elle présente un relief spectaculaire : falaises abruptes, montagnes plongeant dans la mer, profondes rías galiciennes et petits ports nichés dans des criques rocheuses. Ici, les reliefs de la cordillère Cantabrique s'élèvent parfois à quelques kilomètres seulement du littoral.




Deux géographies radicalement différentes, mais réunies par une même mer.

 


Deux climats atlantiques aux accents sud-européens


Le contraste climatique est tout aussi surprenant.


Instinctivement, on pourrait croire que la côte espagnole serait plus chaude et plus sèche que sa voisine française. La réalité est presque inverse, surtout en été.


Sous l'influence directe des vents humides de l'Atlantique, la Galice, les Asturies ou la Cantabrie comptent parmi les régions les plus arrosées d'Europe occidentale. Les paysages y sont d'un vert éclatant, évoquant parfois davantage l'Irlande que l'Espagne méditerranéenne.


À l'inverse, les Landes, la Gironde ou le Pays basque français bénéficient d'un ensoleillement plus généreux. Les étés y sont plus secs, les influences océaniques s'atténuant progressivement vers le sud. Certaines zones littorales présentent même une végétation annonçant déjà les paysages méditerranéens : chênes verts, pins maritimes, mimosas et jardins subtropicaux trouvent ici un terrain favorable.


Ainsi, malgré leur proximité, les deux rives offrent deux visages complémentaires d'un même climat océanique.

La côte Espagnole présente une plus grande pluviométrie comparativement à la Côte Française du Golfe de Gascogne; cela se traduit dans les paysages et la végétation.
La côte Espagnole présente une plus grande pluviométrie comparativement à la Côte Française du Golfe de Gascogne; cela se traduit dans les paysages et la végétation.

De la même façon un peu contre-intuitive, la Côte Atlantique Française présente un ensoleillement plus important que la côte Cantabrique Espagnole
De la même façon un peu contre-intuitive, la Côte Atlantique Française présente un ensoleillement plus important que la côte Cantabrique Espagnole
















Deux "Finistères" se faisant face et gardant les portes de l'océan


Le golfe de Gascogne est également une mer des extrémités.


Au nord, la Bretagne s'avance dans l'Atlantique jusqu'au Finistère, dont le nom signifie littéralement « fin de la terre ».


Au sud-ouest, la Galice se termine elle aussi par le cap Finisterre (Finis Terrae en latin), autre « bout du monde » où les pèlerins de Saint-Jacques considéraient autrefois que s'achevait le continent européen.


Le Finistère français : la pointe du Raz à Plogoff en Bretagne
Le Finistère français : la pointe du Raz à Plogoff en Bretagne

Le cap Finisterre (Fistera) de Galice,
Le cap Finisterre (Fistera) de Galice,

Cette étonnante correspondance ne relève pas du hasard. Les deux régions se situent aux confins occidentaux de l'Europe continentale et partagent une forte identité régionale, souvent qualifiée de « celtique ».


Cette filiation mérite toutefois d'être nuancée. Bretagne comme Galice sont avant tout des terres profondément romanes, façonnées pendant près de deux millénaires par l'héritage latin. Leur identité est celle de peuples atlantiques, tournés vers la mer, où les traditions maritimes, la musique, les langues régionales et les échanges commerciaux ont forgé des cultures originales.





Dees ambiances architecturales qui se succèdent et se répondent


Au nord du Golfe de Gascogne, la Bretagne, avec son architecture de Granit et toitures d'ardoises est bien ancrée dans la France du nord-ouest
Au nord du Golfe de Gascogne, la Bretagne, avec son architecture de Granit et toitures d'ardoises est bien ancrée dans la France du nord-ouest

Au delà de l'estuaire de la Loire, l'architecture prend des allures méditerranéennes, avec ses maison basses blanchies à la chaux et recouvertes de tuiles romanes. Ici l'ile d'Yeu.
Au delà de l'estuaire de la Loire, l'architecture prend des allures méditerranéennes, avec ses maison basses blanchies à la chaux et recouvertes de tuiles romanes. Ici l'ile d'Yeu.
l'ambiance "méditerranéenne" esquissée dès la Vendée se poursuit dans l'Aunis (La Rochelle), et la Saintonge. Ici, île de Ré et la Rochelle.
l'ambiance "méditerranéenne" esquissée dès la Vendée se poursuit dans l'Aunis (La Rochelle), et la Saintonge. Ici, île de Ré et la Rochelle.

Vers l'Estuaire de la Gironde. Ici Talmont sur Gironde et Blaye.
Vers l'Estuaire de la Gironde. Ici Talmont sur Gironde et Blaye.
Le pays Basque et l'architecture typique du Labour.
Le pays Basque et l'architecture typique du Labour.
Le pays Basque, côté Espagnol
Le pays Basque, côté Espagnol
Plus à l'ouest, la Cantabrie développe une architecture différente, plus rurale, laissant une grande place à la pierre et aux balcons de bois. ci Santillana del Mar.
Plus à l'ouest, la Cantabrie développe une architecture différente, plus rurale, laissant une grande place à la pierre et aux balcons de bois. ci Santillana del Mar.
L'est des Asturies, avec ses maisons blanches, toiture de tuiles canal, ses menuiseries colorés fait écho à l'ambiance des iles des côtes vendéenne et charentaises.
L'est des Asturies, avec ses maisons blanches, toiture de tuiles canal, ses menuiseries colorés fait écho à l'ambiance des iles des côtes vendéenne et charentaises.
A partir de l'ouest des Asturies, et au-delà en Galice, la côte Espagnole peut elle aussi se parer, à l'instar de la Bretagne, de maisons aux toitures d'ardoises. ici Luarca, dans les Asturies.
A partir de l'ouest des Asturies, et au-delà en Galice, la côte Espagnole peut elle aussi se parer, à l'instar de la Bretagne, de maisons aux toitures d'ardoises. ici Luarca, dans les Asturies.


Une succession de terres romanes aux accents Atlantiques


En parcourant les deux rivages du golfe, on découvre un continuum linguistique. Côté français se succèdent après l'exception celtique de l'ouest de la Bretagne, Pays nantais Gallo, l'Aunis, la Saintonge de langues d'oïl, le Bordelais, Médoc et les Landes de langue occitane (Gascon pour être plus précis). En Espagne apparaissent Galice, Asturies et Cantabrie.



Toutes ces régions appartiennent au vaste ensemble des cultures romanes d'Europe occidentale, chacune ayant développé sa propre langue ou ses dialectes : breton mis à part, héritage brittonique, on retrouve le gallo, le Poitevin-Saintongeais, le gascon, le galicien, l'Asturien-Léonais ou encore le castillan de Cantabrie.


Cette continuité romane s'interrompt brusquement à l'approche du Pays basque.



Le Pays basque, une singularité européenne


Le Pays basque constitue l'une des plus grandes singularités linguistiques du continent.

Partagé entre la France et l'Espagne, il conserve une unité culturelle remarquable malgré la frontière politique. La langue basque, l'euskara, ne possède aucun lien démontré avec les langues indo-européennes voisines. Elle représente un véritable isolat linguistique, unique en Europe.


Pour autant, cette singularité n'a jamais constitué une rupture avec le reste du golfe de Gascogne. Les ports basques, qu'ils soient français ou espagnols, ont toujours été parmi les plus actifs de l'Atlantique, participant pleinement aux échanges maritimes reliant les deux rives.



Une civilisation de l'océan


Plus encore que la géographie, c'est la mer qui unit les peuples du golfe de Gascogne.

Depuis le Moyen Âge, les marins bretons, basques, gascons, galiciens ou cantabriques fréquentent les mêmes eaux. Ils y pêchent les mêmes espèces — sardines, anchois, merlus, thons, maquereaux ou soles — selon des techniques souvent similaires.


Les Basques figurent parmi les premiers grands chasseurs de baleines d'Europe. Dès le XVIᵉ siècle, ils naviguent jusqu'aux côtes de Terre-Neuve, bientôt rejoints par les pêcheurs bretons et normands. Les campagnes de pêche à la morue créent alors de véritables communautés maritimes mêlant équipages français et ibériques.


Les ports de Bordeaux, Bayonne, La Rochelle, Saint-Jean-de-Luz, Bilbao, Santander, Gijón, Avilés, La Corogne ou Vigo entretiennent durant des siècles un intense réseau d'échanges. On y commerce le vin de Bordeaux, le sel de l'Atlantique, le fer basque, les bois, les céréales, les produits de la mer ou encore les laines de Castille.


Cette proximité favorise également les influences culinaires. Les traditions de poissons grillés, de conserves de sardines, de morue salée, de fruits de mer ou encore de cuisine à l'huile d'olive se retrouvent sur l'ensemble des rivages, avec des variantes locales. Les marchés portuaires, les fêtes maritimes et les confréries de pêcheurs témoignent encore aujourd'hui de cette culture commune.




Une mer latine qui rapproche France et Espagne


Peu de lieux illustrent mieux cette vocation de trait d'union que Saint-Jean-de-Luz.

En 1660, la cité basque accueille le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, fille du roi Philippe IV d'Espagne. Cette union, célébrée dans l'église Saint-Jean-Baptiste, vient sceller la paix des Pyrénées conclue l'année précédente après plusieurs décennies de conflits.


Au-delà de l'événement dynastique, ce mariage symbolise une nouvelle étape dans les relations entre les deux grandes puissances latines d'Europe occidentale. Le golfe de Gascogne cesse progressivement d'être une frontière maritime pour devenir un espace d'ouverture, de coopération, d'échanges commerciaux et de circulation des hommes.




Aujourd'hui encore, le golfe de Gascogne demeure un espace partagé.


Les pêcheurs travaillent souvent dans des eaux communes, non sans conflits par ailleurs. Les ferries relient régulièrement les deux pays. Les échanges économiques, universitaires et culturels se multiplient. Les régions de Nouvelle-Aquitaine, d'Euskadi, de Cantabrie, des Asturies ou de Galice développent des coopérations autour de la protection du littoral, de la recherche océanographique ou des énergies marines.


Moins célèbre que la Méditerranée, le golfe de Gascogne remplit pourtant une fonction comparable. Il ne sépare pas les peuples : il les relie. Entre les dunes landaises et les falaises cantabriques, entre la Bretagne et la Galice, entre Bordeaux et Bilbao, se dessine un vaste espace atlantique où s'exprime une autre manière d'être latin : plus océanique, plus tournée vers les vents du large, mais tout aussi profondément marquée par une histoire commune.


Le golfe de Gascogne apparaît ainsi comme l'autre mer latine de l'Europe occidentale, un miroir atlantique de la Méditerranée, où la géographie, l'histoire et la culture ont façonné une communauté maritime originale reliant depuis des siècles la France et l'Espagne.

 

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