La France : des racines et un horizon méditerranéen
- Luc Delmont
- il y a 1 jour
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On entend parfois, de manière plus ou moins explicite, que la culture française serait la « culture des blancs », que les personnes issues du sud de la Méditerranée ne pourraient jamais s’assimiler. L’idée que s'assimiler à la culture française "historique" serait une impossibilité pour les français d’origine extra-Européenne est de plus en plus courante et portée de façon plus ou moins explicite par les extrêmes de droite comme de gauche.
Cette idée, en plus d’être réductrice repose sur un contresens historique profond, qui devient aujourd'hui un vecteur de divisions communautaires
Car si l’on s’intéresse à ce qui constitue la quintessence de la culture française — sa langue, ses références intellectuelles, son art de vivre, ses structures — on découvre qu’elle s’inscrit dans une histoire longue, partagée avec l’ensemble du bassin méditerranéen. Autrement dit, ce que l’on appelle « culture française » n’est pas une culture fermée sur une identité ethnico-raciale prétendument « gauloise », encore moins une "culture raciale blanche".
Le Français : une langue méditerranéenne
La langue française, d’abord, ne surgit pas d’un espace nordique ou « blanc » abstrait. Elle est issue du latin, langue d’une civilisation méditerranéenne elle-même nourrie d’influences multiples, de la Grèce antique au Proche-Orient. Derrière les mots que nous utilisons encore aujourd’hui, il y a des siècles d’échanges entre peuples, cultures et rives différentes. Parler français, c’est déjà participer à cette histoire commune.
Des structures politiques façonnées par Rome
Le même constat vaut pour les structures politiques et juridiques. L’héritage romain, consolidé à partir de la Conquête de la Gaule, constitue la base du droit, de l’administration et de l’idée même d’État en France. La république, puis l'empire, ayant reprise la plupart de ces codes antiques. Cet héritage est né et s’est diffusé dans un espace méditerranéen profondément connecté, où circulaient les hommes, les idées et les pratiques sociales et politiques.
Une histoire structurée autour d'une religion d'origine levantine
La religion qui a façonné la France pendant des siècles renforce encore cette réalité. Le christianisme est né au Proche-Orient, au croisement de cultures sémitiques, grecques et romaines. Il s’est propagé à travers la Méditerranée bien avant de structurer durablement la société française. Là encore, les racines sont multiples, partagées, et largement extérieures à toute définition ethnique étroite.
Un rapport à la convivialité propre au monde méditerranéen
Même les aspects les plus quotidiens et les plus valorisés de l’identité française, la gastronomie, le rapport au repas, à la convivialité, à la parole, l'importance de la famille, renvoient à des pratiques méditerranéennes. Le pain, le vin, le goût du partage, l’importance de la table ne sont pas des marqueurs d’une prétendue identité « blanche » : ils appartiennent à une civilisation commune qui englobe aussi bien le nord que le sud de la Méditerranée... et sont radicalement étrangers à la "culture occidentale moderne", qui, elle, est structurée autour d'une culture individualiste Anglo-Germanique bien différente.
L'espace méditerranéen comme origine et horizon
Ce point est essentiel, car il permet de renverser une idée fausse : la culture française ne s’oppose pas aux cultures issues du sud de la Méditerranée. Elle en est, en partie, l’héritière et la cousine. Les différences qui existent aujourd’hui sont le résultat d’évolutions historiques, et en particulier religieuses distinctes, pas d’une incompatibilité originelle.
Cela ne signifie pas que tout est identique, ni qu’il n’existe pas de tensions ou de divergences. Ces tensions existent et doivent être prises en compte.
Mais ces tensions ne doivent pas être interprétées comme le choc de deux mondes totalement étrangers et étanches. Elles s’inscrivent plutôt dans une histoire commune, parfois oubliée entre des espaces méditeranéens ayant longtemps fait partie du même monde, avant d'être éloignés du fait de divergences religieuses.
Réduire la culture française à une « culture des blancs », qui serait intrinsèquement étrangère aux français issus de l’immigration, c’est donc non seulement l’appauvrir, mais aussi couper le lien qu’elle entretient avec une grande partie de son propre passé. C'est rendre impossible tout espoir d'assimilation et d'intégration.
C’est transformer une culture de métissage et de transmission en une identité figée, fermée, presque artificielle.
À l’inverse, reconnaître ses racines méditerranéennes permet de la réinscrire dans un espace plus large, plus ancien, plus riche. Un espace où les circulations ont toujours été la règle, où les influences se croisent, se mélangent, se transforment.
Dans cette perspective, il n’y a pas de raison de s’opposer à la culture française au nom d’une origine méditerranéenne. Bien au contraire : cette culture fait déjà partie de cette histoire. Elle en est une expression parmi d’autres.
La comprendre ainsi, c’est peut-être se donner les moyen de ré-ouvrir la "machine à fabriquer des français" et ouvrir la voie à une relation moins conflictuelle et plus fidèle à la réalité historique et l'identité profonde du pays...



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